Chronologie des faits après le décès de Medhi

 

Mercredi 02 Juin vers 15 h 00
Mme CHARVET appelle au domicile de la famille REZIGA : « Madame, votre fils Mehdi a tenté de mettre fin à ses jours » ... « c’est pas possible, il devait sortir bientôt du mitard ! et il est libérable entre le 25 et le 27 Juillet, quand est-ce que ça s’est passé ?! » ... « à l’heure du repas ... téléphonez à l’hôpital Lyon-Sud au numéro que je vais vous donner » ...Mme REZIGA appelle tout de suite à l’hôpital : on la promène de service en service, enfin, un homme lui répond « je ne peux pas vous renseigner, il me faut l’accord du Parquet » ...La mère rappelle Mme CHARVET : « qu’est ce qui se passe, on me dit que je ne peux pas avoir d’informations sur mon fils » ... « rappelez-les, c’est le bon service » ...Mme REZIGA rappelle, bande-son d’attente ... Elle appelle sa fille Nébia et l’informe de la situation ... Nébia appelle tout de suite à l’hôpital : un homme lui répond « votre frère est dans un état critique, le cerveau est atteint, il faut venir » ... Nébia appelle immédiatement Mme CHARVET et lui rappelle ce qu’elle lui avait dit quelques semaines auparavant - « vous attendez qu’il lui arrive quoi ?! » ...Mme CHARVET lui répond « je suis désolée, je ne comprends pas ce qui s’est passé, ce matin j’ai demandé à le voir à 10 h 30 et il a refusé de me voir » ... « vous l’avez vu de vos propres yeux vous dire qu’il ne voulait pas vous voir ? » ... « non, c’est d’après les dires des surveillants » ... « c’est quand même bizarre, il a jamais refusé de vous voir, et même la pire des personnes qui vient au mitard, un détenu le refuse pas » ... « je suis vraiment désolée ... tenez-moi au courant »...Mme REZIGA Kheïra, sa fille Nébia, Mr Farid REZIGA l’oncle de Mehdi et de Nébia rejoignent Mr Fathi SAHRAOUI qui est déjà à l’hôpital Jules Courmont à proximité du service où est Mehdi ... mais où on lui refuse l’accès.16 heures, Hôpital Jules Courmont
La famille sonne : Fathi les informe qu’il est là depuis un quart d’heure et leur dit qu’il n’a pas eu accès à Mehdi pour le moment ...Comme il s’agit du service qui accueille les détenus pour les soins hospitaliers, la porte est blindée, il faut se présenter, attendre : une bonne demi-heure s’écoule avant que le médecin, Mr Le Dr GRONSEL, sorte et se rende auprès de la famille qui est encore dehors. Il les reçoit dans un couloir ...« Votre fils est dans un coma profond, son cerveau n’a pas été ventilé du fait qu’il est resté pendu presque une heure, et il a peu de chances de s’en sortir, s’il s’en sort, il restera comme un légume parce que le cerveau est atteint » ... Mme REZIGA demande à voir son fils : « non, il faut une autorisation, j’ai l’ordre du Procureur » ... « Mon frère est sur son lit de mort, et vous nous parlez du Procureur ?! » ... « De toutes façons, j’ai pas les permis de visite » ( Mr le Docteur GRONSEL mettrait en doute l’identité de la famille ? quelque chose d’autre se passe ? le corps de Mehdi est séquestré ? veut-on éviter que la famille le voie ? ) ...« Mais les permis de visite, on peut demander à ce qu’ils soient faxés ! » dit Nébia.Nébia appelle Mme CHARVET : « vous avez assez fait d’erreurs, alors vous nous faxez les parloirs ici rapidement » ... Mme CHARVET notera qu’ « il est anormal que les services hospitaliers pénitentiaires n’aient pas les permis de visites », elle faxe les permis... fiches parloirs qui sont faxées ce jour-là sont bien celles de Mehdi, d’après Farid.Il faudra en tout plus d’une heure et demi entre l’arrivée de la famille à l’hôpital et l’arrivée des permis de visite ... avant d’avoir l’autorisation de voir leur fils et frère, Mehdi ... deux par deux seulement.

Ils sont obligés de mettre blouses et gants : ils voient Mehdi.
Nébia et Fathi entrent d’abord : il est en box isolé. Pour « soins intensifs » ? ...Une minerve autour du cou, un gros tuyau dans la bouche : l’aérateur ?Nébia et Fathi parlent à Mehdi : le signal sur l’écran s’agite, cela montre que Mehdi réagit à la parole de membres de sa familles ... ainsi à plusieurs reprises : durée de la visite, dix minutes au maximum.Mme REZIGA, sa mère entre avec Mr CHATMI le père de Mehdi : des C.R.S. - quatre - empêchent l’accès de Mr CHATMI à son fils car « il n’a pas de permis de visite » ... ils accepteront finalement de le laisser voir mais « ça reste entre nous » diront-ils.Sa mère parle à Mehdi : la machine retransmet immédiatement le signal que Mehdi entend, perçoit, réagit ... : Mme REZIGA s’en inquiète et est d’abord effrayée ... l’infirmière la rassure « non, non, n’ayez pas peur, c’est parce que votre fils vous entend, il réagit et le signal de l’appareil se modifie » ... Durée de la visite, cinq minutes.Nébia, la sœur de Mehdi, demandera à pouvoir rester dormir à l’hôpital : « non, ce n’est pas possible ».19 h / 19 h 15 : La famille rentre donc au domicile, Nébia appelle Me SCREVE, lui demande d’intervenir pour obtenir qu’elle puisse rester auprès de son frère : il dit qu’il va s’en occuper de suite ... il rappelle « c’est bon, j’ai obtenu que vous puissiez rester auprès de votre frère pour la nuit » ...20 h 00 : Nébia appelle l’hôpital, elle les informe qu’elle arrive, et on lui répond qu’ « on l’attend » et que « l’état de Mehdi est stable » ...

20 h 15 : Nébia se rend à l’hôpital, elle sonne, se présente en compagnie de Fathi qui l’a accompagnée en voiture : « le médecin arrive » leur répond-on ... Elle attend ... Des membres de la famille arrivent : tantes, grand-mère, cousines ... Nébia sonne à nouveau : « le médecin arrive » ...20 h 45 : Il arrive effectivement ... la famille est dans la salle d’attente : « on a essayé de le ranimer, il est décédé ».Annonce officielle de la mort de Mehdi.Nébia fait une crise de nerfs, les infirmières présentes s’occuperont d’elle : en se souvenant maintenant du déroulement des faits, il lui semble que ces infirmières - celles qui lui avaient expliqué que Mehdi réagissait en fait aux paroles des membres de sa famille - voulaient lui faire part de quelque chose ... avaient une attitude bien différente des médecins ...Passé l’émotion, et après avoir essuyé un refus pour que sa sœur Nébia puisse voir Mehdi, la famille demande à ce que la grand-mère puisse entrer pour faire des prières pour son petit-fils ... Refus ... puis acceptation ...Mme CHATMI Cherifa, doyenne de la famille rendra hommage à son petit-fils entourée de ... quatre C.R.S. qui observent et écoutent.On peut noter que :
les C.R.S. indiquent à Nébia le lieu de sortie du corps ... à l’opposé de la sortie qui sera empruntée effectivement,
deux camions de C.R.S., plusieurs voitures, des motards sont postés tout autour à l’extérieur de l’hôpital : ils sont en nombre très important.Mercredi 02 Juin 1999, à 22 h 30
le corps de Mehdi est emmené à l’Institut Médico-légal de Lyon par un fourgon, escorté par des services de police.On peut noter aussi que :
le dossier pour l’inhumation était prêt très rapidement d’après la famille.Le médecin dira, concernant les réactions vitales de Mehdi alors que sa famille lui parlait dans le box de l’hôpital : « non, c’est l’appareil, vous avez dû toucher un fil ... » ...

Question : comment est-il possible qu’une personne qui est confiée en vie aux services de soins intensifs, après s’en être sortie suite à une prétendue pendaison, et alors que les principales fonctions vitales sont en état de fonctionnement ( ventilation, pouls ) tout comme certaines fonctions de perception ( Mehdi réagit aux paroles des membres de sa famille ) décède subitement dans un milieu totalement dédié à la réanimation et aux soins intensifs ? !Jeudi 03 Juin vers 08 h 30 :
la famille de Mehdi se rend à l’I.M.L - Institut Médico-Légal - de Lyon : un membre du personnel - aide-technicien - Mr REZIG est présent dans la pièce.
Mme BENYOUB, tante maternelle de Mehdi, lèvera le drap pour regarder le corps de Mehdi : Mr REZIG se précipite, remonte le drap et fait remarquer à la famille que « c’est haram - péché - de regarder le corps d’un homme » ... « mais c’est mon fils ! » dit Mme REZIGA ... « même ! ça ne se fait pas, même pour la mère » ...La famille a tout de même le temps de constater que :
on a du mal à reconnaître Mehdi tellement son aspect est changé ( il est amaigri, il porte la barbe, il a les cheveux longs alors qu’il les porte habituellement très courts ),le corps de Mehdi présente de nombreux hématomes : bas de la poitrine, au niveau du cœur, du sang coagulé sous la tête du côté droit, sous le cœur un hématome très foncé, sur l’abdomen un très important hématome, la région inguinale droite porte un gros hématome,le corps de Mehdi présente des épaules relevées et en avant - comme dans les situations de protection-réflexe,la famille constatera une très fine trace rougeâtre, marbrée, sur le cou, à la base du cou, seulement des deux côtés, sans aucune trace au milieu du cou, comme un griffure fine ( la version officielle est pourtant qu’il se serait pendu avec un drap ),Mr BENYOUB constatera aussi un hématome sur l’une des tempes de Mehdi...Le Docteur TILHET-COARTET, de l’I.M.L. de Lyon dira d’ailleurs, au sujet de ces hématomes, une semaine après, au téléphone avec Melle REZIGA Houria, tante maternelle de Mehdi, qui lui pose des questions au sujet de ces traces suspectes : « il s’agit des traces dues aux électrochocs » ...Mr REZIG, le technicien de l’I.M.L. rajoute, durant ce bref temps de visite alloué à la famille à l’I.M.L. de Lyon : « ... moi j’m’appelle REZIG et lui REZIGA ... ton fils il est mort d’anorexie et de la honte de sa famille ... ».Mr REZIG dira aussi à la famille, en regardant le corps de Mehdi, et faisant référence à son expérience : « Mehdi s’est bien suicidé, il avait le sourire, il est parti avec le sourire » ...Au sujet des importants hématomes sur l’abdomen de Mehdi, il dit aussi : « la peau d’un homme c’est comme ça, c’est comme un cuir qu’on tanne, c’est pour ça qu’il y a cette trace » ...Mr REZIG, « l’aide technique » de l’I.M.L dit alors : « bon, il faut sortir parce qu’on va lui faire une prise de sang » .La famille sort.Ce Jeudi 03 Juin 1999, vers 10 h 00
la famille doit quitter les lieux : l’autopsie va avoir lieu.Mr REZIGA Farid, oncle maternel de Mehdi, est présent à l’I.M.L de Lyon, ce Jeudi 03 Juin, vers 9 h 30, dans la salle où est présent le corps de Mehdi.Il dit : « j’ai constaté sur le corps de Mehdi, au moment où ma grande sœur ( Mme BENYOUB Zohra ) découvre le corps de Mehdi, comme une rustine très noire sous les côtes à gauche, des griffures légères et fines sur les faces latérales du cou, et à ce moment-là, il n’avait plus la minerve qu’il portait au moment où nous l’avions vu dans le box du service de soins à l’hôpital Jules Courmont, la veille, Mercredi 02 Juin vers 17 h ... derrière la tête, il avait du sang séché sur les cheveux, j’ai vu que entre le moment où je l’ai vu dans le service réanimation et le lendemain, il y avait eu une modification de son visage, il avait enflé de la tête, ce n’était plus le Mehdi que je connaissais ... Il semblait ne pas avoir fait de toilette depuis longtemps, il avait les cheveux gras, alors que Mehdi s’occupe de lui d’habitude, il faisait sa douche tous les matins, avant même de déjeuner, il se changeait parfois deux ou trois fois de vêtements dans la journée, au point que sa mère râlait de ces habitudes, pourtant tous ses vêtements étaient propres quand on les a récupérés, sauf deux paires de chaussettes et deux pulls qui étaient sales, d’ailleurs il manque des vêtements dans ce qui nous a été rendu ( le médecin de l’hôpital répond qu’il ne sait pas où sont les vêtements qu’il devait avoir en arrivant, il ne sait pas comment Mehdi était habillé en arrivant à l’hôpital ... ) » ...

Alors qu’une personne en état de coma profond peut être maintenue en vie durant des années ... en quoi l’état de Mehdi se serait-il aggravé ? et comment ?