Chronologie des faits avant le décès de Médhi

 

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CHRONOLOGIE DES FAITS AVANT LE DÉCÈS DE MÉDHI

 

 

Mehdi REZIGA 13 Mai 1977 - 02 Juin 1999

Sauf que ...
Suite à un vol à l’étalage dans une grande surface, le jeune Mehdi REZIGA, 22 ans, est interpellé à l’extérieur du centre commercial « Part-Dieu », alors qu’il attend le bus, par les policiers du quartier « Part-Dieu », qui « connaissent » d’ailleurs Mehdi - il a eu à subir à plusieurs reprises les violences, les coups et blessures volontaires et les provocations de ces représentants de la Loi ... Il semble qu’il existe entre eux et Mehdi une relation marquée ... et ... marquante ( à de nombreuses reprises, Mehdi est obligé de faire soigner des blessures parfois importantes suite aux violences que ces policiers exercent sur lui ) ...

CHRONOLOGIE DES FAITS AUTOUR DE LA MORT DE MEHDI REZIGA

Vendredi 15 Janvier 1999
Mehdi est interpellé alors qu’il vient de commettre un vol à l’étalage ... Il est conduit dans les services de police à l’hôtel de police de la rue Marius Berliet, après avoir été gardé à vue au poste de police de la « Part-Dieu ». En tout, il est gardé à vue du Vendredi 15 Janvier au Dimanche 17 Janvier 1999 ... Durant sa garde à vue dans les locaux de la police, Mehdi est encore une fois victime de violences et de coups et blessures volontaires : on le saura plus tard.

De cette garde à vue, sa mère n’est informée de rien : ni par la police, ni par Mehdi - qui a pourtant normalement droit à un appel téléphonique dans le cadre de la garde à vue mais qui bien sûr n’a pas pu exercer ce droit - personne n’a donc informé la famille ...

Lundi 18 Janvier 1999
Mehdi sort de la garde à vue et il est incarcéré directement à la prison Saint-Joseph de Lyon. A son arrivée en prison, son oncle maternel, Mr Nasserdine REZIGA le verra : Mehdi a le visage complètement tuméfié : il a encore subi un tabassage par des policiers, tabassage dont les traces sont encore très nettement visibles et ne laissent aucun doute sur leur origine, d’autant que Mehdi confirmera ce fait.

Mercredi 17 Février 1999
Jugement.
Il s’avérera lors de ce jugement que Mehdi était incarcéré à titre « préventif » ... encore appelé détention « provisoire » ... !

Trois avocats sont commis d’office pour la défense de Mehdi, il faut noter que :
Le premier avocat ( avocate d’origine arabe, prénom arabe ) - dont Mme REZIGA dit qu’il faisait bien son travail ( * A VOIR elle est de Vaise, Lyon 9ème ) a rencontré Mehdi en détention, Mehdi l’a informé qu’il était persécuté par la police, qu’il avait pourtant déposé plainte mais qu’il n’y avait pas eu de suite ... L’avocat dira à Mme REZIGA « en effet, Mehdi m’en a parlé, j’ai vérifié au Parquet, et les certificats médicaux y étaient mais pas la plainte, de plus je ne pourrai pas défendre Mehdi, on m’a enlevé le dossier, ce n’est pas moi qui en décide » ...

Un deuxième avocat, Me Henri-Pierre VERGNON[i],  : « je suis chargé de la défense de votre fils, il doit passer pour vol à l’étalage et rébellion » ... quelques temps après, il téléphone à Mme REZIGA : « je ne pourrai pas défendre votre fils, je dois être sur Paris ... je transmets le dossier à Me X » ( * A VOIR ).

Me X joint Mme REZIGA : « je suis chargé de la défense de votre fils » ... « écoutez, vous êtes le troisième, ça suffit, je m’occupe moi-même de lui trouver un avocat, merci » ... « oui, mais vous savez, ça va vous coûter cher ! » ... « ça me regarde, merci ».

Mehdi sera finalement défendu par Me SCREVE, choisi par la famille.

Il est utile de noter, concernant le jugement qui suivra :

Pour le chef de « vol à l’étalage » : aucune plainte du * commerçant, la marchandise ayant été restituée,
Pour le chef de « rébellion à agent » ... lorsque Mme le Juge cite à la barre le policier * qui aurait porté plainte ou aurait eu à subir ce « préjudice » : personne ne se présente !

Mehdi reconnaît devant Mme Le Juge ses propos envers les policiers et il fait aussi mention précise des violences habituelles et du harcèlement continuel dont il est sujet par ces mêmes policiers, expliquant qu’il est « leur petit chat noir » et qu’il est normal qu’il se défende ...

* Il reste à vérifier si Mehdi était avec des copains, qui auraient été témoins des faits ...Réquisitoire de * Mr Le Procureur : « 8 mois de prison ferme » !

 

Conclusion de Mme Le Juge : « il n’y a pas de plainte pour le vol à l’étalage, pas de plaignant parmi les policiers » : six mois de prison dont trois mois de prison avec sursis et * obligation de soins.

Mehdi est relativement « soulagé » de ce verdict, il faut dire qu’à Lyon, les peines encourues par les jeunes, surtout ceux d’origine arabe, sont d’une extrême sévérité ... De plus, Mehdi est manifestement dans le collimateur de la police et de la justice. A l’énoncé de ce verdict, il fera le signe « les doigts dans le nez » - eh oui, les jeunes comme Mehdi, on les habitue à la prison - il le dira aussi dans le bref échange avec son oncle maternel Mr REZIGA Farid ( dans le box des prévenus au Tribunal ) : « je serai bientôt dehors » ... manière de se rassurer et de rassurer la famille devant l’épreuve de séparation qui arrive ?

Témoignage de Mr Farid REZIGA, oncle maternel de Mehdi, présent lors de ce jugement :

« J’ai assisté au procès au Tribunal, Mehdi était en forme, bien portant, quand la Juge le questionnait, il n’a pas nié, il a reconnu les faits, il a bien mentionné que chaque fois qu’il allait à la « Part-Dieu », les policiers s’en prenaient à lui, même sans motif, ils citaient son nom et le cherchaient sans cesse, « encore REZIGA » ...

Il a même cité l’expression « je suis leur petit chat noir », il a dit aussi « ils me frappent chaque fois, je vais pas me laisser faire, pendant un an, j’y ai plus remis les pieds, j’en avais marre » ...

Mr Farid REZIGA précise : « Quand Mehdi allait à la Part-Dieu, il ne déambulait pas dans le centre commercial, il restait à l’Esplanade, avec quelques copains et ils draguaient : ce sont les policiers qui venaient à lui pour le provoquer « encore toi » ...

Autre épisode bien significatif, qui viendra peser dans le verdict de ce 17 Février 1999 :
Le 25 Juillet 1997, Mehdi est poursuivi par des policiers ... Alors qu’il tente de leur échapper, il est contraint de sauter de l’Esplanade de la galerie du centre commercial, ce qui correspond à une hauteur tellement importante - et Mehdi est pourtant un garçon sportif - qu’il se brise les deux chevilles, les lacets de ses basquettes éclatent à sa réception au sol ... Il restera caché sous une voiture durant cinq heures, le temps de se faire oublier pour échapper aux policiers ...

Mehdi croira pendant longtemps qu’il leur a complètement échappé, qu’ils l’ont perdu de vu ... mais comment donc !

Suite à ces blessures, Mehdi restera de nombreuses semaines hospitalisé[ii] dans divers services[iii] de la région ...

Mme Le Juge, au moment de ce « dernier » jugement, dira : « une fois, vous vous êtes fait courser par les policiers de la Part-Dieu et on n’a pas voulu vous incarcérer, on a estimé que votre punition avait été assez forte étant donné que vous aviez les deux jambes dans le plâtre ... mais là, vous êtes récidiviste ! Donc vous serez condamné, et s’il y a encore une prochaine fois, vous serez sévèrement puni » ...

Conclusion ? Les policiers ont-ils assisté au saut de Mehdi ? à ses blessures ? l’ont vu se cacher sous la voiture où il a dû rester pendant cinq heures ? Sans lui porter secours ?

Ou bien ont-ils seulement eu le plaisir de voir Mehdi pendant la période où il a dû sortir en fauteuil roulant ... Mme Le Juge, en tous cas, a de la mémoire, ou bien elle est bien renseignée et Mehdi était l’objet d’une grande assiduité de l’Administration et son dossier était bien suivi ...

De plus, dire qu’il était récidiviste est une grossière irrégularité du point de vue juridique, Mehdi n’ayant pas eu à être jugé pour des faits que l’on ne connaît même pas officiellement d’ailleurs ...

Lundi 18 Janvier 1999
Jour de l’Aîd El Fetra : Mehdi arrive à la prison Saint-Joseph de Lyon en tant que « prévenu ».

Mme CHARVET, Assistante de Service Social de la prison contacte Mme REZIGA Kheïra, mère de Mehdi : « Mehdi est arrivé, il va bien, il souhaite suivre des cours, faire des activités, préparer une sortie correcte, il aurait besoin de linge propre ».

Mardi 19 Janvier 1999
Mme REZIGA se rend à la prison, elle apporte le linge dont Mehdi a besoin.

Une demande de parloir est effectuée par sa sœur Nébia ce même Mardi.

Vendredi 22 Janvier 1999
Premier parloir et donc visite à Mehdi : au parloir du matin, sa sœur Nébia rencontre Mehdi, parloir libre : il va bien, Mehdi est souriant.

Régulièrement, sa sœur ira le voir deux fois par semaine, le Mardi et le Vendredi.

Mr Fathi SAHRAOUI, son demi-frère le voit régulièrement lui aussi en compagnie de Nébia : Mehdi parle de son séjour à la prison comme de « la maison de repos » - il cuisine et aime faire partager ses plats, la cellule est ouverte, elle est propre, décorée de posters, il participe aux tâches ménagères qui se jouent aux cartes avec les compagnons de cellules, Mehdi est imbattable au fourneau et au huit américain, il fait les repas pour les camarades de cellule qui font la chaîne pour venir goûter !

Mehdi dira même à sa sœur, lors d’un de ses parloirs, parlant des surveillants : « ils ont la trique de nous » - ses camarades de Saint-Fons et de Vaulx-en-Velin incarcérés eux aussi ..., « ils sont comme des fous », « ils sont dépassés », « des fois y’m font zinndave » - ils font pitié ...

On peut facilement imaginer que cette - trop ? - bonne ambiance entre détenus, calme, pacifique, ludique même, dans ce quartier carcéral, n’est pas pour plaire à tous ...

Et puis, Mehdi a le don de la parole, depuis tout petit, et c’est son arme, aiguisée et imparable : il disait par exemple, aux surveillants ou aux policiers : « c’est parce qu’on t’a volé ton goûter quand t’était p’tit que tu fais surveillant ? » - il les renverse uniquement par sa parole, c’est un atout qu’on ne lui pardonnera pas - comme à beaucoup d’autres enfants qui ont l’unique tort d’être observateurs et subtils.

Sa mère, pendant ce temps, a effectué des démarches avec l’aide de Mme CHARVET, notamment sur le dossier d’orientation à la COTOREP pour préparer une sortie constructive pour Mehdi et surtout suite aux séquelles que présente Mehdi après sa chute de Juillet 1997 où il s’est brisé les deux chevilles.

Alors qu’elle avait juré de ne pas rendre visite à Mehdi - elle est lassée de tout ça et elle pensait, comme les nombreuses mères et tous ceux qui passent trop longtemps dans les couloirs des prisons, à aller voir un membre de la famille ou un ami incarcéré, qu’à un moment, ce message d’absence serait constructif ...

Mme REZIGA Kheïra, sa mère, se résout en Avril à prendre un parloir - elle est accompagnée ce jour-là de son frère, Mr Farid REZIGA. Motif : double peine de son propre frère Mr Nasserdine REZIGA - prison + expulsion ( régime de « droit commun » pour les citoyens qui paient indéfiniment leur dette à la société ) qu’elle visitera, elle verra donc son frère pendant que Farid verra Mehdi ...

Depuis, elle décidera de prendre des parloirs pour voir son fils : trois en tout ... trente minutes chacun ... soit une heure et demie ...

28 Mars
Mehdi est invité à prendre connaissance de deux choses : on lui présente celles-ci de la manière suivante : « il y a une bonne nouvelle et une mauvaise ... la bonne, c’est votre fin de peine, veuillez signer là ... la mauvaise, c’est que vous avez un sursis qui est révoqué de 4 - quatre - mois » ...

En effet, alors que Mehdi est incarcéré, une décision de révocation de sursis est prise, dans le cours « normal » du déroulement de la « justice » : suite à une condamnation en date du Lundi 23 Septembre 1996, une décision de révocation est prise par le T.G.I. de Lyon le Mercredi 17 Février 1999. Mehdi en est informé en fin de peine prévue initialement par la condamnation du 17 Février 1999 - et voit donc sa sortie repoussée de quatre mois, au 28 Juillet 1999, non compte tenu des remises de peines ...

Avril
Premier parloir : Mehdi va bien, il est content de voir sa mère, il lui parle fièrement des recettes qu’il sait faire maintenant et raconte qu’il aime préparer la « slata fel me’rès » qu’il l’a vu préparer à la maison souvent, la « chekchouka » : sa mère le félicite et le prévient qu’il aura à faire ses préparations de retour à la maison.

Elle l’informe de leur vie à l’extérieur, de son dossier COTOREP qui suit son cours et des projets qu’il pourra mettre en place ...

Compte tenu de la peine prononcée de trois mois ferme et des remises de peines légalement prévues, Mehdi aurait dû sortir normalement le Samedi 27 Mars 1999 : jour de la fête musulmane de l’Aïd El Kbir, mais la révocation du sursis est intervenue ...

Cette année, sa mère a commémoré le geste d’Abraham et sacrifié un agneau : elle pense beaucoup à Mehdi ... Elle pense aussi à lui lorsque dans ces jours elle joint le père de Mehdi, Hamadi, dont elle n’a pas eu de nouvelles depuis si longtemps ... Elle pense aussi beaucoup à lui lorsqu’elle demande à Rosa, la tante paternelle de Mehdi, d’accueillir Mehdi chez elle sur Paris pour mettre un terme à ce qu’il vit à Lyon ... Rosa est prête bien sûr à tout faire pour l’aider dans ce sens, disant « tout n’est pas perdu, bien sûr, il faut rester positif, dès qu’il sort de prison tu viens avec lui et vous vous installez ici, tu peux venir avant même » ...

Témoignage de Mr REZIGA Farid, oncle maternel de Mehdi, sur la visite d’Avril au parloir :

Il avait le sourire, il disait « j’ai tout compris », « de toutes façons, dès que je sors, je vais quitter Lyon », « tous les surveillants ils ont la mort contre moi, mais c’est pas grave », ils demandait des nouvelles des copains du quartier, « ma cellule c’est la plus belle de l’étage, je l’ai toute tapissée » : pendant les premières semaines, Mehdi ne semblait pas vivre la détention de manière trop difficile.

Mercredi 05 Mai 09 h 00,

deuxième parloir : entre Mehdi et sa mère, en présence de Mr Fathi SAHRAOUI : avant même que Mehdi ne pénètre dans le box du parloir, sa mère est impressionnée par son visage : amaigri, sombre, il est totalement différent du fils qu’elle connaît habituellement et même du garçon qu’elle a vu il y a peu encore ...

Mehdi raconte à sa mère qu’il s’est battu avec un co-détenu, dans leur cellule commune où il était si bien auparavant.

Ce parloir dure à peine un quart d’heure : Mehdi y met fin et il semble vouloir ne pas inquiéter sa mère. Aux questions de sa mère sur son état, il répondra « je mange plus ... je dors plus ... fais attention maman, on cherche à te faire du mal, on cherche à t’expulser, fais attention à Nébia, laisse la chez son père, méfie toi ... » ( ? ). ***Ces propos inquiètent sa mère : d’habitude, Mehdi est calme, posé, souriant ... ce jour-là, ce n’est pas le cas ...

 

D’ailleurs, ces inquiétudes manifestées par Mehdi semblent avoir été l’objet d’entretiens avec l’Assistante de Service Social de la prison, Mme CHARVET[iv].

Sa mère tentera de rassurer Mehdi : « il n’y a pas de problème d’expulsion, ne t’inquiète pas, j’ai ma carte de séjour depuis 1995, y’a rien de tout ça » ...

Mme REZIGA appelle l’Assistante de Service Social de la prison, Mme CHARVET, inquiétée par l’attitude et l’état de Mehdi : elle lui fait par de l’état de Mehdi, de son amaigrissement prononcé « au point qu’il perd quasiment son pantalon », elle lui parle du problème avec un autre détenu de la cellule, lui signale un gros hématome au niveau du nez, elle demande à Mme CHARVET d’aller voir Mehdi et de bien vouloir s’occuper de lui.

Mme CHARVET rappellera Mme REZIGA le jour même : elle confirme que Mehdi est changé, sombre, elle a bien constaté l’hématome que présente Mehdi au visage, et son amaigrissement important, elle a demandé à Mehdi s’il avait mal, il aurait répondu « non », mais Mehdi semble ne pas avoir voulu parler plus que ça à Mme CHARVET ...

Jeudi 06 Mai 07 h 00 du matin
Réveil par un surveillant de l’étage, pied-noir espagnol, qui était ivre d’après les détenus ( les surveillants viennent, pour certains, souvent dans cet état au travail, dès le matin, d’après des témoignages de détenus ... ) : il vient réveiller Mehdi de manière très agressive, Mehdi ne répond pas ...

Dans cette cellule « vivaient » Mehdi et 14 Jean Pierre PERREIRA - black portugais de Vénissieux - tout se passe bien, ils s’entendaient bien, Mehdi confie le linge de son camarade de cellule à sa mère : 15 J.P.P. n’a pas de parloir, personne ne vient le voir ...

Jusqu’à l’arrivée dans cette cellule d’un autre détenu : 16 MEKKI Badir, de Vaulx, ( il serait encore incarcéré à St Jospeh, était à Paris parmi les transférés du 26 Mai ) qui devrait sortir en Novembre, avec qui les choses se passent bien aussi ... Mais un petit différend survient entre eux ...

Ils décident de s’expliquer sur ce différend et se donnent rendez-vous pour ce Jeudi 06 Mai à 08 h 00, lors de la promenade ...

08 h 00 : Promenade, explication.

Mehdi et 17 MEKKI Badir sont en train de s’expliquer : Mr Nasserdine REZIGA, oncle de Mehdi, et le grand frère de Badir, 18 Habib MEKKI interviennent pour les raisonner et éviter la bagarre. Sur les conseils de Mr Nasserdine REZIGA, l’oncle de Mehdi, celui-ci accepte d’écourter son temps de promenade. Il remonte à la cellule.

08 h 30 : Mehdi retourne vers sa cellule, seul. Le surveillant de cour lui ouvre, Mehdi monte.

Le surveillant de d’étage de ce jour - encore le surveillant agressif pied-noir espagnol qui l’a agressé verbalement au réveil, et qui est encore en état d’ivresse - et qui remplace un surveillant titulaire absent - accueille ou raccompagne Mehdi et lui dit « vous faites chier, vous descendez, vous remontez à n’importe quelle heure ! » Mehdi ne répond pas, le surveillant lève alors la main sur Mehdi, et l’agresse, physiquement cette fois-ci !

Mehdi se défend , il « balaye » le surveillant, le met au sol, et maîtrise facilement le surveillant, vu son état d’incapacité physique au moment des fait ( il est ivre totalement ) : et il faut se rappeler que Mehdi est un sportif accompli ...

L’altercation a lieu dans le couloir, au 1er étage du bâtiment J A.

Un autre surveillant donne l’alarme, immédiatement : les renforts arrivent ... Au moins dix surveillants ! Ils frappent Mehdi sous prétexte bien sûr de le maîtriser, il reçoit des coups, il est soulevé et emmené directement au bureau du surveillant Chef RAFIER.

Trois auxiliaires ( détenus qui travaillent au sein de la prison ), 19, 20, 21 - 19, GAETAN, 50 à 60 ans, toujours en service à Lyon + 20, Amir TOUATI, expulsé en Algérie maintenant + 21, Addel REZGUI ( fréquente Place du Pont ou Vénissieux, encore incarcéré à la M.A. St Paul, il était auparavant à St JOSEPH : tél : ) - interviennent pour faire cesser les violences sur Mehdi : étrangement, aucun rapport administratif n’est fait sur cet incident ... Pas de prétoire, pas de sanction ... mais le surveillant agressif dira à Mehdi devant les témoins - notamment Mr Nasserdine REZIGA, « j’aurai ta peau » ...

Les détenus commencent un mouvement de protestation, et demandent que Mehdi n’aille pas au mitard - en effet c’est le surveillant qui le cherche, les détenus disent bien que ce surveillant en a après tous les détenus, y compris ce jour-là ... y compris après Mehdi ...

A Saint-Joseph, à plusieurs reprises, et particulièrement après que Mehdi a été mis au mitard, des détenus qui connaissent Mehdi, son oncle Mr REZIGA Nacer, ont mentionné qu’ « il ne faut pas qu’il arrive quelque chose à Mehdi parce qu’il y aura une émeute » ... Ce n’est pas sans raisons : ils savaient, voyaient combien Mehdi était l’objet de la haine - surtout le surveillant pied-noir qui travaille au bâtiment « isolement » et de certains autres matons et des risques qu’il encourait, ainsi que des libertés prises par certains personnels eu égard au droit et au respect des personnes en détention ...

Les détenus remontent en cellule.

La sous-directrice vient - d’après 22, Mr Ali BOUCETTA qui est un des détenus : celui-ci raconte les faits, la sous-directrice admet la version, Mehdi est libéré du bureau du surveillant Chef RAFIER, et réintègre sa cellule.

Suite à ce incident et dans la même journée, Mehdi est changé de cellule : il est en compagnie d’un codétenu, 23 MESSAOUDI Nordine, de Vaulx-en-Velin encore incarcéré à Villefranche. Ils passent une nuit ensemble, ils sympathisent, tout se passe bien ...

Vendredi 07 Mai
La cellule est à nouveau « cassée », 24 ( Nordine MESSAOUDI a son frère qui est arrivé à St Joseph, il demande donc à changer de bâtiment pour être aux côtés de son petit frère ) - les détenus sont séparés : Mehdi est maintenant seul ...

20 h 20 Le brigadier chef RAFIER vient dans la cellule de Mr Nasserdine REZIGA, oncle de Mehdi, il le fait venir dans la cellule de Mehdi, il lui dit que Mehdi insulte par la fenêtre détenus et surveillants, il lui demande d’intervenir ...

Mr Nasserdine REZIGA parle avec son neveu Mehdi : à ce moment, rien n’est cassé dans la cellule. Mehdi n’admet pas de se trouver seul. Il est en train de faire des pompes au moment où son oncle arrive.

On a donc demandé à Mr Nasserdine REZIGA de venir du bâtiment JA - où il est en détention - pour tenter de « calmer » Mehdi qui est au bâtiment D, et qui est dans une cellule qui donnait sur un escalier emprunté par les surveillants - son oncle Nasserdine le constatera quand il se rend auprès de Mehdi dans sa cellule : il se demande si les surveillants ne provoquaient pas Mehdi lors de leur allers et venues, ce qui pourrait expliquer ces insultes ...

Mr Nasserdine REZIGA, son oncle, parle à Mehdi : « tu veux que je reste dormir avec toi ? » ... « non, c’est bon, ça ira ... » : Mehdi est calme lorsque son oncle le laisse ce soir-là ...

Dans la nuit du Vendredi 07 au Samedi 08 Mai : Mehdi passera une nuit seul, dans cette cellule.

Samedi 08 Mai 07 h 00 du matin :
Intervention des surveillants : Mehdi serait en « crise », d’après eux ... « Il a tout cassé » disent-ils ...

Ils avancent que Mehdi aurait passé la nuit à faire du saccage, à tout casser dans la cellule : pourtant il a parlé une bonne partie de la nuit avec 25 Nordine MESSAOUDI ( N. M. est dans le bâtiment JA 92, en face de la cellule de Mehdi, D 50 ), et les détenus disent ne pas avoir entendu de bruit particulier ... par contre, ils disent bien avoir été gênés par les discussions entre Mehdi et 26 Nordine MESSAOUDI d’une fenêtre à l’autre ...

En tous cas, les détenus disent n’avoir entendu aucun bruit de casse, de violence verbale : jusqu’à 03 h 00 du matin, c’est certain puisqu’ils ne dormaient pas ...

Mehdi n’aurait pas dormi de la nuit, il aurait été vu du bâtiment d’en face, par d’autres détenus : insomnie, calme ...

Quelle est la réalité de ce prétendu saccage ? ... Qui fait courir ce bruit ? Pour justifier quoi ? Pourquoi ?

Alors que les détenus disent tous que la nuit a été calme ... L’insomnie est généralisée en prison : les détenus ont bien vu Mehdi, comme eux, éveillé, discuter, calmement, absolument normal.

On continue, version officielle : Avant d’entrer, un surveillant aurait regardé par l’œilleton et remarqué le désordre dans la cellule de Mehdi ...

Cette version circule entre surveillants, jusqu’à arriver aux oreilles de l’oncle de Mehdi, Mr Nasserdine REZIGA.

Pourtant, le surveillant de nuit dit à Mr Nasserdine REZIGA ne rien avoir eu à signaler de particulier au cours de cette nuit ...

Ils avancent aussi, auprès de son oncle Nasserdine : dès que la cellule aurait été décondamnée par un surveillant, Mehdi aurait bondi sur le surveillant, muni d’une « arme artisanale » - un morceau de miroir d’après les surveillants.

Récapitulons : le surveillant décondamne la cellule, il est seul, et, si l’on suit leur raisonnement et qu’on admet que Mehdi avait tout cassé, était énervé, etc ... dans ce cas, des précautions auraient logiquement dû être prises lors du réveil ( par exemple être deux au moins : de plus Mr Nasserdine REZIGA leur avait demandé la veille, après son intervention, de prendre des précautions le matin à décondamnation ) ... Toujours selon les Fonctionnaires de l’Administration Pénitentiaire donc, Mehdi agresse le surveillant qui vient ouvrir la cellule : où est l’arme artisanale dont on parle ? On sait le formalisme en usage dans le fonctionnement carcéral : une sanction disciplinaire pour le motif d’agression avec arme, même artisanale, n’aurait pas manqué d’être étayée de la présentation de celle-ci comme pièce à conviction ...

Immédiatement après que Mehdi a prétendument agressé ce surveillant, les renforts sont déjà là, sans même qu’il y ait besoin de donner l’alarme ( infos des détenus et d’auxiliaires ) !

Les autres détenus, qui ont eu la possibilité de voir dans la cellule en regardant dans l’œilleton lors de leur passage dans le couloir, n’ont remarqué, quant à eux, aucune casse, aucun signe de trouble particulier.

Le déroulement des faits, tels que relatés par les codétenus, témoins auditifs, témoins occulaires, voisins, les contradictions entre les dires des surveillants, les infractions grossières aux règles pratiques usuelles de décondamnation notamment suite à un incident, tout cela permet de penser très clairement qu’il s’agit d’une mise en scène, d’un bout à l’autre ... ce ne sera pas la dernière : on imagine facilement que les matons sont déjà prêts derrière la porte ce Samedi matin bien choisi ... ils évoquent un saccage ... ils prétextent des dégâts - que personne n’a entendu, et parlent de nuit agitée alors que Mehdi n’a pas dormi une grande partie de la nuit, qu’il a discuté avec un voisin de bâtiment ... : ils mettent en scène une altercation ... évoquent une « arme artisanale » qu’on ne voit pas ... sont déjà prêts à intervenir ... et envoient immédiatement Mehdi ... au mitard, ce matin du Samedi 08 Mai ... jour où il n’y a pas de prétoire ... car pas d’Administration : Mehdi est enfin seul ! On va pouvoir s’occuper de lui ... en toute discrétion ... pour régler les comptes ? ...

Vers 15 heures
l’infirmière de la prison appelle Mme REZIGA et lui dit que Mehdi est auprès d’elle, et qu’il n’est pas bien, « il vous croit morte ... il pense qu’un ami ou un membre de sa famille est mort ou a eu quelque chose de grave ... il a eu une altercation avec un surveillant », Mme REZIGA répond que ce n’est pas le cas, que tout va bien : elle est étonnée et très inquiète, Mehdi demanderait aussi des nouvelles de son demi frère Fathi, il se ferait du souci.

Mehdi est donc placé au quartier disciplinaire - mitard - le même jour, Samedi 08 Mai 1999[v].

Lundi 10 Mai
Nébia, la sœur de Mehdi réserve un parloir, qu’elle obtient, auprès du service de réservation des parloirs, pour le Mercredi 12 Mai 1999.

Mme REZIGA rappelle Mme CHARVET, l’Assistante de Service Social, ce Lundi 10 Mai 1999 au matin : elle demande ce qui se passe pour que Mehdi soit à l’infirmerie. Mme CHARVET confirmera que Mehdi « a eu une altercation avec un surveillant » et qu’ « il va passer au prétoire demain », soit le Mardi 11 Mai 1999 ( le « prétoire » est le tribunal interne à la prison ) « pour des sanctions disciplinaires, suite à l’altercation avec un surveillant », Mme REZIGA demande un parloir, Mme CHARVET informe Mme REZIGA que « les parloirs sont suspendus en cas de sanctions disciplinaires » et « on ne sait pas combien il va avoir, il faut attendre » ...

Mardi 11 Mai
Vers 14 h 15 ( à l’heure des " Feux de l’amour " sur TF 1 ) Mme CHARVET appelle au domicile de Mme REZIGA : « Mehdi est passé au prétoire, il a pris 45 jours dont 15 jours avec sursis, ça fait 30 jours ferme, et il n’a pas droit aux parloirs » ...

Mme REZIGA : « c’est inhumain de le mettre au mitard dans son état actuel, je veux un parloir, c’est inadmissible, il va mal, il me croit morte, il faut qu’il me voie pour le rassurer ».

Mme CHARVET : « ... de toutes façons un médecin va venir le voir, et pour les visites, ce n’est pas possible, les parloirs sont suspendus ».

Fin de la conversation, Mme REZIGA est effondrée.

Tout de suite après, Nébia apprend la nouvelle concernant le mitard, elle voit sa mère : elle appelle la « B.R.E. » - Brigade des Relations Extérieures - et demande à parler au responsable, demande avec insistance à obtenir un parloir.

Au début, cette femme qui est au bout du fil pour la « B.R.E. » ne veut rien savoir ... Nébia insiste, Mme X dit « je vais voir ce que je peux faire ... ». ... Elle reprend la ligne : « je vais vous passer un autre service », Nébia demande si ce service acceptera la demande de parloir : « non, non, ce n’est pas possible, vous ne verrez pas votre frère demain », « qu’est-ce que c’est ce service ? » demande Nébia, « c’est le service de Mme CHARVET », « mais je viens d’avoir Mme CHARVET à l’instant, vous vous renvoyez la balle !? », « écoutez, puisque c’est Mme CHARVET qui vous a fait peur, débrouillez-vous avec elle ! » ...

Mme X raccroche au nez de Mlle REZIGA ...

Nébia rappelle Mme CHARVET tout de suite après cet entretien avec Mme X : elle explique les faits, l’entretien avec Mme X, insiste pour maintenir le parloir qui avait été réservé le Lundi 10 Mai pour le Mercredi 12 suivant, « écoutez Mademoiselle REZIGA, Mehdi est passé au prétoire, c’est impossible... », Nébia s’énerve et fait part de l’importance de ce parloir « vous attendez quoi ! qu’il se suicide ? qu’il se tape la tête contre les murs ? ou quoi ! », « mais non justement, le mitard garantit sa sécurité, il ne peut absolument pas se suicider au mitard, c’est justement fait pour le protéger », « écoutez, si il arrive quoi que ce soit à mon frère, vous serez tous tenus pour responsables » - Mme CHARVET semble touchée : « je vais voir ce que je peux faire », Nébia demande les coordonnées téléphoniques du Directeur, Mme CHARVET répond qu’ « on ne peut pas le joindre par téléphone », qu’ « il faut écrire » - pour l’annonce du décès de Mehdi, on donnera tout de suite les coordonnées du Directeur Mr P. DUFLOT - « je vous rappelle vers 18 heures pour vous dire si le permis de visite est maintenu ou pas » ...

18 h 00 : Mme CHARVET rappelle Melle REZIGA Nébia « c’est d’accord pour ce parloir, exceptionnellement, mais ce sera avec hygiaphone » ...

Compte tenu de la date des faits cités par les membres de l’Administration pénitentiaire - Samedi 08 Mai 1999 - et de la sanction disciplinaire - trente jours ferme - Mehdi devait sortir du mitard le Lundi 07 Juin 1999 ...

Mercredi 12 Mai
08 h 00 : Nébia arrive devant la porte de la prison pour l’appel des parloirs, accompagnée de Fathi : le surveillant appelle toutes les familles, sauf la famille REZIGA ... Il se tourne vers Melle REZIGA et demande « vous désirez ? ». « J’avais réservé un parloir pour 08 h 00 avec mon frère Mehdi REZIGA » : le surveillant s’énerve « écoutez, je me base sur la feuille, y’a pas de réservation de faite ». Nébia explique les entretiens avec Mme CHARVET et l’attribution exceptionnelle de ce parloir, le surveillant répond : « l’assistante sociale n’est pas en mesure de prendre de telles décisions », « vous vous rejetez la balle ? ! appelez-moi un gradé », le surveillant dit qu’il va le chercher et ferme la porte.

Entre 08 h 00 et 09 h 00, Nébia tente de passer avec le flot des familles qui viennent pour des visites, elle y parvient, et reste à l’intérieur, demande où est le gradé qui devait venir s’occuper de ce problème, on demande à Nébia de sortir, elle refuse, un autre surveillant intervient, demande à Melle REZIGA de sortir, elle demande au moins à faire passer le linge pour son frère, le surveillant refuse, Nébia s’énerve, le surveillant souligne que « de toutes façons y’a pas de parloir, et y’en aura pas, sortez », Nébia insiste « j’ai obtenu ce parloir et je veux voir mon frère, comme c’était prévu », elle est alors forcée à sortir de la prison ...

09 h 00 : Nébia et Fathi attendent toujours devant la prison, personne ...

Nébia appelle Mme CHARVET au téléphone : elle était déjà au courant des faits d’il y a une heure et dit « vous n’étiez pas à l’heure pour le parloir », Nébia précise l’heure exacte de leur arrivée, « bon je vais essayer de régler ça, rappelez-moi dans dix minutes » ...

Nébia rappelle par téléphone, Mme CHARVET l’informe : « vous avez un parloir pour 10 h 30, mais il n’y a que la mère qui peut s’y rendre » - le surveillant aurait-il posé ses conditions concernant Nébia ? ... Nébia appelle sa mère immédiatement, il est alors déjà 09 h 30 : elle l’informe qu’elle a un parloir qui l’attend pour 10 h 30.

Entretemps, Mme CHARVET téléphone à Mme REZIGA peu après que Nébia a appelé : « votre fille m’a appelé, elle voulait le parloir, mais il n’y a que vous qui pouvez voir Mehdi, il est prévu à 10 h 30, alors si vous avez le temps de venir ... ».

10 h 30 : Mme REZIGA est à l’heure pour le parloir, Nébia essaye de rentrer elle aussi : on l’en empêche, mais un des surveillants, qui a l’habitude de voir Nébia pour les parloirs fait part de sa surprise « mais ... d’habitude, la jeune fille a droit aux parloirs ... ».

Dans le parloir : Mme REZIGA et son fils Mehdi.
Parloir hygiaphone : une vitre les sépare, pas de contact.

Ce jour-là, Mme REZIGA constate que Mehdi porte les mêmes vêtements que la semaine d’avant : ils sont sales.

Mehdi est encore plus visiblement amaigri, le visage creusé, il semble qu’il ne fait pas sa toilette, son apparence n’est plus celle d’auparavant - Mehdi est un garçon qui habituellement se préoccupe de son corps : il est toujours bien coiffé, porte des vêtements propres, il se rase régulièrement - alors que là, il a une barbe de plusieurs jours ...

Mme REZIGA demande à son fils s’il est maltraité, il répond par la négative - sa mère sent bien que quelque chose ne va pas - Mehdi lui dit qu’on refuse de lui donner du linge propre depuis une semaine, « je t’en ai amené, je vais demander qu’on t’en donne » dira sa mère ... Mehdi demande s’il « n’y a rien eu dehors » ... si « un membre de la famille est décédé » ... il demande à sa mère de jurer qu’elle dit bien la vérité lorsqu’elle lui dit que « tout va bien » - c’est la première fois que Mehdi met en doute la parole de sa mère et lui demande de jurer de ce qu’elle lui dit - « c’est bon » ... Il annonce à sa mère qu’il a cessé de fumer, qu’il compte changer, faire la prière, devenir sérieux, elle lui répond qu’il est encore jeune et qu’il aura bien le temps de penser à ça ... il lui dit qu’il a un copain à côté qui fait la prière, que même si il ne sait pas bien parler l’arabe, il fera de son mieux ... « Je veux pas que tu te fasses de souci pour moi, ne t’inquiète pas ... ».

Sa mère sent bien que Mehdi voudrait lui dire quelque chose ... a t’il peur ? l’écoute-t’on de derrière le parloir ? s’est-il passé quelque chose que Mehdi ne veut pas dire ? pourquoi est-il dans cet état ? et ce changement brusque dans sa conduite, lui qui est si insouciant d’habitude ... sûr de lui ... fort ...

Mehdi dit aussi « maman les inspects ils viennent le soir et ils écoutent derrière la porte, ils veulent m’impliquer dans une histoire », « mais tu as fait quelque chose ? », « non, j’ai rien fait », « si t’as rien à te reprocher, alors aie confiance » ...

Sa mère a bien senti que Mehdi souffrait et qu’il se passe quelque chose qu’elle ne s’explique pas ...

Concernant la situation de Mehdi à l’intérieur, à dater de son entrée au mitard :

Son oncle Mr Nasserdine REZIGA demande régulièrement des nouvelles au surveillant chef Mr RAFIER : au début - trois jours environ, Mehdi vit mal la situation, d’après le chef, il refuse de s’alimenter, de boire, il pense que sa mère est morte ( d’où vient cette idée ?! ), qu’il tape au grillage, tape aux portes, insulte, etc ...

Le chef dira qu’après ces quelques jours, Mehdi va beaucoup mieux, il s’ « accoutume », les choses se passent normalement au mitard.

Mme REZIGA repart de ce parloir, elle voit le surveillant et lui demande de faire passer le linge propre à Mehdi, le surveillant prend le linge propre et dit à Mme REZIGA qu’en situation de sanction disciplinaire, « le linge sale n’est pas rendu », « c’est le détenu qui le lave lui-même » ... et que la prise du linge propre cette fois-ci est une faveur ...

Mme REZIGA appelle Mme CHARVET pour cette question de linge, l’Assistante Sociale obtiendra l’autorisation que Mehdi aie du linge propre une fois par semaine.

La famille n’a donc plus de parloir, c’est Mme MAFOUDI Ourida, l’amie de Mr REZIGA Nasserdine qui amène le linge pour Mehdi lors de ses visites ... Une surveillante rousse refusera d’ailleurs de prendre le linge destiné à Mehdi disant que Mehdi étant au mitard « il n’a pas droit au linge », Mme MAFOUDI insiste et souligne que Mme CHARVET a donné l’autorisation ... Mme MAFOUDI demande à parler à un gradé, la surveillante prend alors le linge avec mépris et très visiblement à contre cœur ...

Mme CHARVET appelle la famille : elle insiste auprès d’elle pour que Mehdi ne se sente pas seul ( ! ), qu’il soit soutenu, aie des nouvelles de sa famille ( ! ) ...

Plusieurs lettres - une par jour - des appels à Mme CHARVET pour avoir des nouvelles de Mehdi, des mandats : Mehdi ne répond pas ...

Mme CHARVET dira « Mehdi a reçu huit lettres » ( courrier bloqué ? ou bien affluence pour son anniversaire du 13 Mai ? ), qu’ « il va bien », qu’ « il est content » ...

Régulièrement, les informations données par Mme CHARVET au sujet de Mehdi sont bonnes ... elle dit aller le voir régulièrement au mitard, « on essayera de le faire sortir une semaine avant pour bonne conduite » ... Le gradé confirmera cette bonne conduite à Mr REZIGA Nasserdine, son oncle.

Entre le 18 et le 20 Mai
Mme CHARVET informe la famille - Nébia réceptionne cet appel - que Mehdi souhaite rencontrer son avocat, le motif n’est pas indiqué ... c’est la première fois que Mehdi fait cette demande ...

* LETTRE DE MEHDI DU 21 MAI 1999, affranchie La Poste du 24.05.99.
Nébia contacte l’avocat à partir de son domicile, lui demande d’aller voir Mehdi au mitard : il dit qu’il ira ...

NUIT DU MARDI 25 AU MERCREDI 26 MAI 1999
Les témoignages de détenus 97, 98, 99, du quartier disciplinaire - « mitards » - confirment que Mehdi a reçu « de la visite » pendant cette nuit, qu’il y a bien eu intervention de services de secours ... Un détenu a bien entendu les cris de Mehdi dans la nuit et leur brusque cessation ... Il a bien entendu que des services de secours sont intervenus après ...

Mercredi 26 Mai
07 h 30 : un intervenant, surveillant, 27, algérien ( * nouveau, voir son nom ), annonce à Nacer le parloir à venir de la matinée. ½ heure plus tard, il revient et dit à Nacer « tu vas être transféré », Nacer demande des précisions pour savoir si c’est bien lui qui est concerné, l’intervenant part se renseigner. Il revient ½ heure après et répond : « non, ce n’est pas toi ». Nacer dit que son attitude était étrange ( « l’intervenant parlait tristement » dira Nacer et son attitude est habituellement plus enjouée, « il semblait comme peiné » ), il dira aussi qu’il lui semble que cet intervenant voulait lui faire passer un message qu’il n’a pas saisi ...

De plus, il n’existe aucune raison pour expliquer ce transfert annoncé de Nacer : il était en fin de peine et devait soutenir sa demande de confusion de peines, qui devait être examinée prochainement le Lundi 21 Juin ...

08 h 00 : un intervenant 28, infirmier marocain dit à Nacer « j’ai une bonne nouvelle : Mehdi est sorti du mitard » ... « ah ! et il est où ? » ... « on sait pas où il est ... » ...

10 h 00 : Nacer bénéficie de son parloir avec sa compagne Mme Ourida MAFOUDI, la visite se termine vers 10 h 30 environ ce jour-là. Nacer dira, rassuré, à sa compagne Ourida : « on m’avait dit que j’allais être transféré, mais c’est bon, je ne serai pas transféré ».

Il règne ce matin, parmi les surveillants, une ambiance de panique très sensible, visible : Nacer, mais aussi d’autres détenus qui étaient en détention durant cette période, diront que la prison est sens dessus dessous ce matin du Mercredi 26 Mai, l’affolement règne, les surveillants sont paniqués ...

10 h 30 : Mr Nacer REZIGA est dans le couloir du Bâtiment J A au 2ème étage, il se promène, il vient de finir le parloir, l’intervenant 29, qui est l’infirmier marocain du matin lui dit alors, sans que Nacer ne lui demande rien : « ton neveu est sorti du mitard » ... « où est-il, dans quel bâtiment ? » ... « il est sorti mais on ne sait pas où il est ».

12 h 30 : après son repas pris en cellule normalement, un premier surveillant vient, il dit à Mr REZIGA Nacer : « dépêche toi, prépare tes affaires, tu es transféré » ... Nacer doit obtempérer : il ne comprend toujours pas ce qui se peut se passer ...

Ce jour-là, trois bus banalisés, blancs avec des bandes bleues, sans signes distinctifs particuliers, - * voir COMPAGNIE ou appartenance  : semble être des bus de transports d’Etat, comme ceux utilisés pour le transport des gardes mobiles - banals, « chargent » quatre-vingt détenus de la prison de Lyon - St Paul et St Joseph ( jeunes de Vaulx-en-Velin, Saint-Priest, Vénissieux, Saint-Fons ) : il semble que parmi eux, nombreux sont ceux qui connaissent Mehdi ...

Le premier bus, qui transporte notamment Mr Nasserdine REZIGA, oncle de Mehdi et le jeune codétenu du mitard voisin de celui de Mehdi ( * à trouver, Nacer connaît des gens qui le connaissent ), démarre en premier : il est alors entre 14 h 10 et 14 h 30 : on ne sait pas ce que deviennent les deux autres bus ... Lorsque le premier bus a démarré, les deux autres étaient encore devant la prison ...

Dans ce bus, il y a aussi 30, Ali BOUCETTA, de Vaulx-en-Velin ...

Le jeune détenu, voisin du mitard où état Mehdi, 31 qui est un gars de Saint-Priest ou de Vénissieux, et qui connaissait Mehdi, dit à Nacer, dans le bus, « t’es bien l’oncle de Mehdi ? » ... « oui, pourquoi ? » ... « il s’est passé quelque chose de grave dans la cellule de Mehdi pendant la nuit » ( du Mardi 25 au Mercredi 26 Mai ) ... il ajoute notamment que Mehdi aurait crié à un moment donné dans la nuit, ses cris se sont arrêtés brusquement, il a entendu les pompiers venir ( * voir Mme LACROIX et chef d’Agrès de cette intervention )  ... Il pense qu’il y aurait eu le feu dans la cellule de Mehdi, ou quelque chose d’autre, et qu’il y a eu intervention des Pompiers ou du SAMU ... il ne sait pas exactement ...

32, BOUCETA de Vaulx-en-Velin, qui était témoin lors de l’agression du surveillant pied-noir, avait demandé à pouvoir se porter témoin concernant l’incident, et ce auprès de la sous-directrice de la prison, Mme qui était venue le voir ... lui aussi fait partie des détenus qui ont été transféréa à 21, la prison d’OSNY, dans la région parisienne ...

Nacer REZIGA dira que le bus n’avait pas d’escorte. Contrairement à la règle minimale de sécurité ...

A l’intérieur : cinq surveillants, qui ne sont pas des prisons de Lyon, en uniforme de surveillant + le chauffeur + un civil, on ne sait pas qui il est, « on aurait dit un voyou » dira Nacer - boucle d’oreille à gauc

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