E.R.I.S

L'administration pénitentiaire se dote de ses premières équipes régionales d'intervention et de sécurité

LE MONDE | 08.09.03 | 12h38     MIS A JOUR LE 08.09.03 | 15h32 


eris.jpg    non vous ne revez pas!!!!

Agen de notre correspondante

"Troisième force de sécurité du pays, même si elle n'interviendra jamais dans la rue, la pénitentiaire s'est dotée de moyens de maintien de l'ordre interne comparables à ceux de la police et de la gendarmerie", justifie Georges Vin, directeur de l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (ENAP), installée à Agen. Les premières équipes régionales d'intervention et de sécurité (ERIS), destinées à contenir les groupes et à gérer les incidents dans les prisons, ont été constituées et reçoivent leur enseignement depuis le début du mois, dans les locaux de l'ENAP. "Actuellement avec l'augmentation de la population carcérale et la plus forte proportion d'individus perturbés, les risques d'agressions et de troubles sont accrus, poursuit le directeur. Cela va de l'incident individuel géré par le personnel de l'établissement - un détenu qui met le feu à son matelas, agresse un surveillant ou un codétenu, qui se retranche dans sa cellule, bref qui ne respecte la discipline interne - à l'événement collectif plus important - des détenus ne veulent pas regagner leur cellule, une mutinerie -, pour lesquels il faut faire appel à des éléments spécialisés dans le maintien de l'ordre." Une tâche jusque-là dévolue aux CRS et aux gendarmes mobiles.

Créées en mars dernier suite à une mutinerie, les ERIS comptent dans leurs rangs des personnels rigoureusement sélectionnés à l'issue d'épreuves physiques et des tests psychologiques. "Il faut des gens solides mentalement qui sachent travailler en équipe", précise Georges Vin. "Tous sont volontaires pour trois ans minimum et ont déjà une expérience en établissement pénitentiaire." Ils ont déjà été répartis dans les dix équipes qui seront affectées dans les neuf directions régionales qui les sollicitera, à l'exception de celle de Paris qui en aura deux. "Parfois la présence de forces spéciales armées, formées, mobilisables rapidement, est dissuasive et suffit à elle seule à régler un incident et à faire baisser la tension", avance Georges Vin.

Pour l'instant, à Agen, les ERIS sont formées à la connaissance et à l'utilisation d'un armement spécifique - flash ball, riot guns, dispositifs de dispersion -, aux techniques d'intervention - maîtrise et neutralisation de détenus rebelles - et à la gestion du stress. Des modules pratiques de maintien de l'ordre et de cohésion dans l'action complètent cette formation théorique et sont dispensés au Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie à Saint-Astier en Dordogne et avec le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale.

"C'est une évolution importante du métier de surveillant, beaucoup sont motivés par cet aspect", note Georges Vin. "L'administration pénitentiaire n'a pas fait semblant et s'est donné les moyens nécessaires en équipement et en hommes", se félicite-t-il. Mais, à l'image de différentes associations de détenus, l'Observatoire international des prisons (OIP) ne partage pas cet enthousiasme. "Les ERIS sont l'une des manifestations, depuis un an, d'une stratégie de l'affrontement entre le personnel pénitentiaire et les détenus", estime l'association. " On renforce le huis clos existant. Plutôt que de résoudre les tensions internes au milieu carcéral par le dialogue, on préfère faire appel à des équipes de choc. Cela va accroître le nombre de heurts au lieu de les gérer. Or l'expérience montre qu'il vaut mieux discuter et parlementer."

Florence Moreau