La justice interpellée sur la mort d’un détenu

La justice interpellée sur la mort d’un détenu
 Mercredi 06 avril 2005 
 
Une enquête digne de ce nom. C’est ce qu’a réclamé, hier devant la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lyon, la famille de Mehdi Reziga. Détenu à la prison Saint-Paul-Saint-Joseph, ce jeune homme de 21 ans se serait « suicidé », le 2 juin 1999, moins d’un mois avant sa libération.

 Après un premier non-lieu rendu en 2003, les proches avait obtenu en appel un supplément d’information. La semaine dernière, un juge d’instruction a de nouveau classé leur plainte déposée contre X pour « délaissement et mise en danger de la vie d’autrui ». Et de nouveau, hier, la famille Reziga s’est pourvue en appel. Elle veut tirer au clair les zones d’ombres importantes qui entourent la mort du détenu, qui, malgré son état « très perturbé », avait été placé au « mitard » (cellule disciplinaire) pour une tentative d’agression sur un surveillant. Défendue par Marie-Noëlle Fréry, la famille dénonce aujourd’hui la faiblesse des investigations judiciaires menées et réclame un nouveau supplément d’information. « Si on met un jeune au mitard alors qu’il est déclaré perturbé par les autorités, il y a des responsabilités pénales qui peuvent être engagées. D’autant que le médecin qui doit rendre visite au détenu deux fois par semaine ne l’a pas fait. Les responsabilités sont énormes », plaide Marie-Noëlle Fréry. L’avocate demande qu’ait lieu une confrontation entre la famille, les médecins et l’administration pénitentiaire. Ce qui n’a jamais été organisé.

 Nébia Reziga, la soeur de Mehdi, est furieuse : « Nous n’arrivons pas à faire le deuil. Nous voulons la vérité. Je veux savoir pourquoi, alors que j’avais réservé un parloir la veille de la mort de mon frère, on m’a refusé la visite. Je veux savoir comment on peut se suicider au mitard, où il est logiquement impossible de se donner la mort. C’est comme si on avait perdu un chien. Et, même un chien, j’ai l’impression qu’il est mieux considéré ». La cour d’appel doit décider le 13 mai d’ouvrir, ou non, une nouvelle enquête. Fabrice Arfi.20 MN.Lyon.