Partager l'article ! Salah ZAOUIYA A GAGNE SON COMBAT JUDICIAIRE: Au bout du chemin la vérité: l'Etat Français et l'administration pénitentaire&nb ...


JUSTICE EN DETENTION
Contre la peine de mort pénitentiaire
A.F.L.I.D.D
Association des Familles en Lutte contre
l'Insécurité et les Décès en Détention
Le Conseil d'Etat a donné raison à la famille, mercredi 17 décembre, à l'issue d'une longue bataille judiciaire. "C'est fini. Je suis ému. On m'avait toujours dit que je battais contre un mur. Il est tombé. Le combat continue pour les autres détenus", a confié M. Zaouiya.
Jawad avait été placé le 12 juillet 1996 en détention provisoire, à la suite d'incidents avec des policiers dans son quartier du Val Fourré à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il partageait une cellule de 9 m2 avec deux autres détenus. Le 23 juillet, en pleine nuit, l'un d'eux a déclenché un incendie. Il était 1 h 20. La porte de la cellule n'a pu être ouverte qu'à 1 h 35. Quand le SAMU est arrivé à 2 h 05, Jawad et son codétenu incendiaire, asphyxiés, étaient morts depuis au moins 25 minutes.
En 2004, le tribunal administratif de Versailles avait reconnu la faute de l'Etat : "L'administration a fait courir à Jawad Zaouiya un risque spécial qui l'a privé d'une chance de survie."
En 2006, la cour administrative d'appel de Versailles avait confirmé la responsabilité de l'administration et accordé une indemnité de 15 000 euros aux parents. La cour avait invoqué l'"ensemble de circonstances à caractère fautif", responsable de "la perte d'une chance de survie" de Jawad.
Le Conseil d'Etat a a validé toute l'appréciation des faits et le raisonnement tenu par la cour d'appel, et rejeté le pourvoi du ministre de la justice, Pascal Clément.
Le "danger provoqué par la combustion des matelas en mousse", comme "la fréquence des incidents provoqués par des détenus enflammant leur matelas, étaient connus de l'administration pénitentiaire sans que celle-ci ait mis en oeuvre de dispositions préventives appropriées" souligne l'arrêt.
Sont aussi en cause, l'absence d'aération de la cellule et "l'impossibilité pratique et matérielle pour le surveillant de nuit d'accéder rapidement au matériel de lutte contre l'incendie". Ce n'était pas, comme M. Zaouiya l'a souvent entendu de la part de l'administration depuis douze ans, "la faute à pas de chance".
Nathalie Guibert
26 mai 1978. Arrêt Wachter. La faute lourde de l'Etat est reconnue pour un décès dans un incendie de cellule à la maison d'arrêt de Metz.
23 mai 2003. Arrêt Chabbah. Responsabilité de l'Etat pour une succession de fautes dans le suicide d'un détenu, à qui son mandat de dépôt n'avait pas été notifié, à la prison de Nanterre.
9 juillet 2007. Arrêt Delorme. Suicide d'un mineur placé en cellule individuelle sans
accompagnement après sa condamnation, à Angoulême. Faute reconnue pour défaut de vigilance.
Selon elle, un "cumul de fautes" a empêché de sauver Jawad Zaouiya, mort asphyxié à l'âge de 19 ans, le 23 juillet 1996, dans l'incendie
de la cellule qu'il occupait avec deux autres détenus à la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy (Yvelines). Sans ces fautes, Jawad Zaouiya aurait eu des chances de survivre : "L'argumentation du ministre de la justice ne nous a pas convaincus", a conclu la commissaire du gouvernement.
Jawad Zaouiya avait été placé en détention provisoire à la suite d'incidents avec la police dans la cité du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie le 8 juillet 1996. En pleine nuit, l'un de ses codétenus, qui réclamait son transfert dans une autre cellule, avait mis le feu à son matelas. Le matériel de lutte contre l'incendie étant enfermé à clé dans un local, le surveillant de service ne disposait d'aucun moyen d'intervention rapide.
Le règlement prévoit que seuls les gradés peuvent ouvrir les portes des cellules la nuit. Il n'avait fallu que quelques minutes pour joindre le chef, prendre le matériel anti-incendie et accéder à la cellule. Mais il était trop tard. Jawad Zaouiya et l'auteur de l'incendie étaient déjà morts, intoxiqués par les fumées dégagées par les housses du matelas.
ENCHAÎNEMENT DE FAUTES
Depuis douze ans, les parents de Jawad Zaouiya mènent une bataille pour établir les responsabilités de l'administration pénitentiaire. Les jeunes de moins de 21 ans doivent être placés seuls en cellule. La prison de Bois-d'Arcy avait dérogé - avec l'accord de l'intéressé, se défend-elle - à cette obligation. Les trois garçons partageaient ainsi 9 m2 "alors que Jawad Zaouiya n'aurait pas dû se trouver dans cette cellule", a souligné la commissaire du gouvernement.
Un enchaînement de fautes, chacune "démultipliant les effets des autres", est en cause, a-t-elle indiqué. L'embrasement des matelas aurait pu avoir des conséquences moins désastreuses si les cellules étaient équipées de dispositifs d'aération. Les prisons n'étant pas des "établissements ouverts au public", rien ne contraint l'administration à adopter une telle mesure. Celle-ci autorise pourtant l'utilisation de réchauds à l'intérieur des cellules. Selon Mme de Silva, l'Etat "a une mission de service public dans le fonctionnement pénitentiaire".
"La cour européenne de Strasbourg devient de plus en plus exigeante vis-à-vis de la responsabilité des Etats dans l'organisation de la vie pénitentiaire", a souligné Mme de
Silva. Enfin, la commissaire du gouvernement a jugé "très faible" le montant de l'indemnité allouée aux parents Zaouiya. "Pour la perte d'une vie, cela devrait être mieux
évalué", a-t-elle déclaré. Le Conseil d'Etat rendra sa décision dans une quinzaine de jours.