Le long combat judiciaire de Salah Zaouiya touche à sa fin 4/4

  Le long combat judiciaire de Salah Zaouiya touche à sa fin
Son fils, Jawad, est mort à Bois-d'Arcy il y a dix ans.

Le Courrier de Mantes
Publié le:  15 février 2006
Page 14 

— Salah Zaouiya : « Justice est faire ! »

Près de dix ans après la mort de Jawad à Bois-d’Arcy, le long combat judiciaire de son père, Salah Zaouiya, est sur le point de toucher à sa fin.

Le 23 juillet 1996, onze jours après le début de sa détention, Jawad décédait dans l’incendie de sa cellule. Un des deux autres codétenus avait empilé matelas, couvertures et rideau de douche avant de mettre le feu avec de l’huile inflammable.

Déjà condamné en juin 2004 à verser aux parents la somme de 15 000 euros, l’État a été jugé coupable par la cour d’appel de Versailles des autres accusations portées par la famille.

« Toutes les fautes relevées dès le départ sont désormais reconnues, explique Salah Zaouiya. C’est une victoire. Le ministère de la Justice peut encore poursuivre les démarches judiciaires mais je suis tout de même satisfait. Avec tout ce bruit sur les prisons françaises, mises à l’index par l’Europe, cette condamnation risque de les gêner. »

« Si j’ai fait tout ça, c’est aussi pour que ça serve d’exemple, pour que d’autres parents ne vivent pas le même drame. Les condamnés sont des humains avant d’être des prisonniers. »

En fondant « Justice Jawad » en 1998, une association pour venir en aide aux familles qui ont perdu un enfant en prison, et en s’impliquant dans cette lutte personnelle, Salah a rejoint un combat collectif. « C’est fatigant, usant mais justice est désormais faite. Je remercie surtout mon avocat et Hugues de Surmain, de l’Observatoire international des prisons (OIP). L’arrêt de la cour d’appel va être utilisé par l’OIP pour forcer l’administration à mettre aux normes les installations pénitentiaires. D’un autre côté, je veux aussi dire aux jeunes d’éviter les bêtises pour ne pas finir en prison. »









Salah Zaouiya doit poursuivre son combat
Jawad Zaouiya est mort il y a dix ans à la prison de Bois-d’Arcy. Depuis, son père se bat pour que l’Etat reconnaisse ses fautes. Après le jugement en appel, qui lui était favorable, Salah Zaouiya vient d’apprendre que le ministre de la Justice avait demandé un pourvoi en cassation.


Ludovic Vincent

Le Courrier de Mantes
Publié le:  03 janvier 2007
Page 20 
— Salah Zaouiya  : « L’Etat doit reconnaître ses fautes. J’irai jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme s’il le faut. »

Le 23 juillet 1996, vers 1 h 30 du matin, Jawad Zaouiya et Hassan Barkouch décédaient dans leur cellule de Bois-d’Arcy, intoxiqués par un incendie déclenché par la deuxième victime. Dix minutes auparavant, ils exigeaient d’être changés de cellule de crainte d’être contaminés par l’infection cutanée d’un détenu de la cellule voisine. Ils la croyaient contagieuse. Devant le refus des surveillants, Hassan Barkouch a entassé des matelas et divers objets et allumé un feu qui s’est rapidement propagé. Vers 1 h 40, les deux corps sans vie étaient sortis de la cellule et le troisième codétenu, Abdella Nimgharn, transporté à l’hôpital.

Depuis ce jour, Salah Zaouiya se bat pour faire reconnaître les fautes de l’administration pénitentiaire dans cette affaire.

En juin 1998, le juge du tribunal de grande instance rendait un non-lieu, confirmé par la cour d’appel en 2000.

Dix ans de procédure

C’est devant le tribunal administratif que Salah Zaouiya obtenait sa première victoire. En mai 2004, le tribunal a considéré qu’en « incarcérant trois jeunes gens dans une cellule de neuf mètres carrés en méconnaissance de la réglementation concernant l’emprisonnement individuel des détenus de moins de 21 ans, l’administration a fait courir à M. Jawad Zaouiya un risque spécial qui l’a privé d’une chance de survie.»

En février 2006, deuxième victoire : la cour d’appel rejette la requête du garde des Sceaux et confirme que la responsabilité de l’Etat est engagée.

« Le ministre de la Justice a trouvé une drôle de manière de nous souhaiter ses vœux », ose plaisanter Salah Zaouiya. Au mois d’avril, le garde des Sceaux a demandé un pourvoi en cassation que le conseil d’Etat vient de communiquer à Salah Zaouiya. Le père de Jawad a aussi pris connaissance du témoignage d’Abdellah Nimgharn. Il était dans la cellule de Jawad au moment de l’incendie qui a coûté la vie à ses deux codétenus. Lors de son audition à l’hôpital, il a confirmé que les surveillants avaient mis « plus d’une dizaine de minutes » pour ouvrir la cellule.

« Tout le monde connaît l’état des prisons françaises, clame Salah Zaouiya, il y a eu deux commissions parlementaires sur le sujet, et un rapport du commissaire européen Alvaro Gil Robles. Le ministre de la Justice, Pascal Clément, est le seul à ne pas connaître la situation. Il a qualifié le rapport d’Alvaro Gil Robles de mensonges et calomnie. C’est incroyable.»

“ Justice Jawad ”

Au-delà de son propre combat, Salah Zaouiya se bat pour qu’on reconnaisse l’état lamentable des prisons françaises. « Je veux aller jusqu’au bout. Ça fait dix ans que je me bats et même si ça doit encore durer des années, je me battrais jusqu’à mon dernier souffle. A vrai dire, je suis heureux d’avoir reçu ça. J’aimerais même aller devant la cour européenne des Droits de l’Homme et ils me donnent l’occasion de le faire. Avec l’OIP (observatoire international des prisons), on va démontrer tout ce qui ne va pas dans les prisons françaises.»

L’incarcération collective de détenus de moins de 21 ans, la durée mise par les gardiens à ouvrir la cellule, les dysfonctionnements dans l’alerte des secours et l’insuffisance des mesures de prévention sont les fautes que la famille Zaouiya souhaite faire reconnaître.

Par ailleurs, pour « sensibiliser les jeunes sur les erreurs à ne pas commettre pour ne pas se retrouver en prison et vivre un moment dramatique pour eux et leur famille», Salah Zaouiya a monté une association en 1998, “ Justice Jawad ”. « C’est une association black-blanc-beur, des amis de Jawad, dont on vient de changer le conseil d’administration. Nous sommes une quinzaine de membres», explique Salah. 





Justice Jawad débat sur les prisons
Pour la deuxième année consécutive, l’association Justice Jawad organise une journée de discussion, de débat et de rencontre autour du thème de la détention le 21 juillet 2007 à l’espace Rodin Anna de Noailles.

Le Courrier de Mantes
Publié le:  18 juillet 2007
Page 14 

Afin de sensibiliser tant les acteurs que les pouvoirs publics, l’association se veut avant tout un lien de progression sociale ainsi qu’une aide précieuse bénéficiant de onze années de travail en relation étroite avec le milieu carcéral.

Rappelons que l’origine de cette démarche est la mort du jeune Jawad Zaouiya le 12 juillet 1996 dans l’incendie de sa cellule à la prison de Bois-d’Arcy. Onze ans après ce drame, le père de Jawad, Salah Zaouiya, continue à se mobiliser afin de prévenir et de dénoncer les conditions de vie du monde carcéral. Cette journée du souvenir et du rassemblement se veut un lieu d’échange ainsi qu’un manifeste à l’égard des conditions de vie dans les prisons, un véritable « no man’s land où l’arbitraire total domine » selon le président de l’association.

En plus d’une surpopulation très forte (60 771 écroués pour 50 207 places à l’échelon national selon les derniers chiffres de la direction de l’administration pénitentiaire), la prison souffre de multiples plaies comme l’insécurité et la promiscuité. De plus, le manque d’hygiène, la mauvaise prise en charge de détenus malades ainsi que les conditions de vie déplorables des « mitards » (quartiers disciplinaires totalement isolés renfermant des cellules de 2x3 mètres sans fenêtres et simplement pourvu d’un lit en béton, d’une table et d’un WC à la turque), renforcent un phénomène destructeur allant du passage à tabac au suicide en passant par les humiliations diverses et les sanctions arbitraires.

Arrêter de compter les morts

Si l’association Justice Jawad pointe du doigt les dérives inhérentes à la prison, elle se pose surtout comme un accompagnement pour les familles de détenus ainsi que comme porte-parole d’une réalité trop souvent ignorée tant par les politiques que par les magistrats. Pour Salah Zaouiya, il est donc temps de « dévoiler des vérités méconnues sur les conditions de vie en détention, sur des faits très graves qui s’y produisent, et sur des événements qui y sont enterrés ». Ainsi, par une collaboration active avec l’OIP (Observatoire international des prisons) et l’AFLIDD (Association des familles en lutte contre l’insécurité et les décès en détention), l’association poursuit sa campagne de mobilisation en réclamant la mise en place d’un organisme de contrôle de l’administration pénitentiaire et de protection des détenus. C’est pourquoi, en se faisant le tremplin entre réalité carcérale et sphère publique, l’association Justice Jawad tente d’alerter le public sur les dysfonctionnements de la prison tout en sollicitant l’aide et l’attention des différents acteurs afin d’enrayer un processus qui, au lieu de réhabiliter le détenu, brise l’homme.

Plus que jamais, il est aujourd’hui temps d’agir et d’arrêter de « compter les morts » selon l’expression de M. Zaouiya.







Jawad Zaouiya. Se souvenir pour prévenir
L’association Justice Jawad était réunie samedi autour d’un barbecue au Val-Fourré pour parler de l’univers carcéral et, toujours, se souvenir du drame de la mort de Jawad à Bois-d’Arcy. C’était il y a onze ans.

Le Courrier de Mantes
Publié le:  25 juillet 2007
Page 16 

L’émotion était palpable samedi après-midi dans la cour Rodin, à l’occasion de la rencontre organisée par Salah Zaouiya tout juste onze ans après le décès tragique de son fils Jawad.

Le rendez-vous désormais annuel que le « Père courage » souhaite pérenniser pour « ne pas oublier » se veut être aussi un moment pour prévenir : « Il faut que les jeunes sachent que l’univers carcéral est un monde hostile avec de gros risques, c‘est pourquoi il faut tout faire pour éviter de s’y retrouver car je ne souhaite à personne ce que je vis. »

L’OIP veille

De nombreux amis de Jawad sont venus apporter leur soutien à la famille Zaouiya chacun prenant part à sa manière à l’organisation de cette journée : « On est là en famille pour notre frère, pour celui qui restera dans nos mémoires, j’ai mal de savoir qu’il est parti à la suite de négligences. Sa vie, c’est ma vie », lance, la gorge nouée, Vicié rappeur et ami de Jawad. Tarek, chargé d’organiser le barbecue géant ne manquerait pour rien au monde le rendez-vous : « C’est dur mais c’est nécessaire parce qu’on pense souvent à Jawad. »

Une négligence condamnée aujourd’hui par la cour d’appel de Versailles dans son arrêt du 2 février 2006 qui reconnaît une « succession de fautes » de la part de l’administration pénitentiaire : « C’est grâce au combat de Salah et à notre travail de recherche que nous sommes arrivés à ce résultat », analyse Hugues de Suremain, juriste à l’Observatoire international des prisons (OIP). Une organisation créée en France en 1996 et qui mène un véritable travail de veille : « Nous essayons de connaître les conditions de vie dans les prisons et nous réagissons dés que nous constatons des situations de non respect du droit, nous alertons les médias, nous menons des actions juridiques et nous soutenons les familles comme celle de Jawad dans leurs combats ».

Un soutien salué par Salah Zaouiya : « l’OIP m’a beaucoup aidé en particuliers dans les procédures judiciaires et dans la constitution du dossier. »

Avant d’inviter petits et grands à déguster un sandwich autour d’un thé préparé par les amis et la famille, Salah Zaouiya a annoncé la tenue d’une conférence en octobre prochain avec la présence de personnels pénitenciers, d’un directeur de prison et d’un magistrat.

Ahmed Sehil