Salah continue son combat

 

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Salah Zaouiya continue son combat
Il cherche toujours la vérité sur la mort de son fils

Le Courrier de Mantes
Publié le:  03 février 2000

— Le père de Jawad a rejoint d’autres familles qui veulent lever le voile sur les suicides en prison.

Le 22 juillet 1996, un jeune mantais, Jawad Zaouiya, décédait à la suite d’un incendie survenu dans la cellule où il était enfermé à Bois-d’Arcy. Depuis, son père, Salah Zaouiya, ne cesse de se battre devant la justice pour connaître les circonstances exactes d’une mort qu’il ne supporte pas.

En juin 1997, il dépose plainte pour homicide involontaire, entrave à l’arrivée des secours et non-assistance à personne en danger.

Le 4 juin 1998, un juge d’instruction de Versailles rendait une ordonnance de non-lieu, à la suite de sa plainte. Assisté de maître De Félice, il fait appel et demande, notamment, une expertise des matelas où le compagnon de cellule de son fils a mis le feu. Tout comme Jawad, il est décédé à la suite d’une intoxication par la fumée. D’après Me De Félice ils seraient restés tous deux sans soins, pendant 25 minutes avant l’arrivée du Samu, une fois sortis de la cellule. Le 14 janvier 1999, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Versailles ordonne un complément d’information et un complément d’expertise sur l’incendie. Il a été rendu le 3 janvier dernier et conclut... que les deux détenus auraient pu être sauvés s’ils étaient restés près de la fenêtre avec le troisième prisonnier, qui lui s’en est sorti vivant.

Quant à la conformité des matelas, qui ne devraient pas dégager de fumée toxique, elle est impossible à vérifier, “car, dit le rapport, ils étaient associés à beaucoup d’autres matériaux très combustibles”.

“L’expert est le même que celui qui a été entendu quand le juge d’instruction a rendu un non-lieu”, proteste Salah Zaouiya qui, avec son avocat, demande une véritable contre-expertise “réalisée par un expert indépendant, car celui qui a été désigné est un haut fonctionnaire, directeur adjoint du laboratoire de la préfecture de Paris”.

Cette méfiance à l’égard de l’institution pénitentiaire, il la partage avec d’autres. Le très récent livre du Docteur Vasseur (Médecin-chef à la prison de la santé) sur la médecine en prison, débouche certaines oreilles. “Il reprend ce que les parents de prisonniers dénonçaient, mais on ne les écoutait pas” poursuit Salah, qui rend hommage “à son courage”. Mais les familles aussi s’organisent. Du moins celles qui trouvent que l’on meurt beaucoup dans les prisons françaises, et estiment, pour le moins douteux, certains suicides. “Avec plusieurs familles de Grasse, Vaulx-en-Velin, Ajaccio, Paris, Bordeaux, Villepinte et Auxerre nous nous sommes regroupés pour former, avec l’aide du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues), une association qui s’appelle “Familles en lutte contre l’insécurité en détention”. Et de citer le cas d’un jeune homme de 19 ans, qui se serait suicidé deux jours avant sa sortie de prison, à Grasse. “Il avait des projets et sa copine attendait un enfant” raconte Salah, en contact avec son entourage. Autre cas cité, celui d’une jeune marocaine de 34 ans, Nadia Rami, qui se plaignait du ventre. Selon Salah, “la surveillante croyait qu’elle faisait du cinéma”. Elle a été finalement hospitalisée, mais trop tard. Faute de soins, elle est morte. Menottée. Le cas le plus récent date du 29 décembre. A Fleury-Mérogis, un jeune homme est décédé en cellule, à la suite de l’incendie de son matelas. Une mort qui n’est pas sans rappeler celle de Jawad Zaouiya.

La deuxième chambre d’accusation de la cour d’appel de Versailles doit maintenant entendre le lieutenant de pompiers qui était intervenu à la prison de Bois-d’Arcy, de même que le Samu, avant de prendre sa décision. “Mais même si on me rend justice, conclue Salah,

je continuerai à me battre, parce que je ne veux pas que cela arrive à d’autres familles.”


 

— Salah Zaouiya et son fils mort en prison.

Si Salah Zaouiya, le père d’une des deux victimes, n’obtient pas la cassation de l’arrêt de la chambre d’accusation de la cour d’appel de Versailles - comme il a l’intention de le faire en introduisant un pourvoi - l’affaire des deux détenus morts en prison en 1996 à Bois d’Arcy ne sera jamais jugée. Les magistrats de la cour d’appel ont suivi l’avocat général qui, à l’audience du 28 juin dernier, avait demandé confirmation de l’ordonnance de non-lieu prononcée en 1998.

“Le fait que la mort d’un jeune de banlieue ne mérite pas une véritable enquête me révolte” a commenté, après l’énoncé de l’arrêt, Salah Zaouiya, le père d’un des deux jeunes de 20 ans morts après un incendie à la prison de Bois d’Arcy le 23 juillet 1996. Ce jour-là, le jeune Mantais Jawad Zaouiya et son codétenu Hassan Barkouch, de Poissy, avaient péri dans la cellule où ils étaient placés en détention préventive, le premier pour “violences et rebellion”, le second pour “viol en réunion”. Un troisième détenu avait échappé à la mort. Selon l’administration pénitentiaire, Hassan Barkouch aurait mis le feu au matelas pour obtenir un changement de cellule.

Ne voulant pas se contenter de ces explications, Salah Zaouiya, le père de Jawad, avait porté plainte un an plus tard. Le 4 juin 1998, le juge d’instruction rendait un premier non-lieu dans cette affaire, estimant qu’“aucune faute n’avait été commise qui aurait pu être, même indirectement, à l’origine des deux décès”, ajoutant que les deux détenus étaient morts à cause d’une “inhalation trop importante de monoxyde de carbone et d’acide cyanhydrique”. L’avocat des familles avait alors mis en cause la norme du matelas en question, et une première expertise avait été rendue avant le premier non-lieu. C’est sur la base d’une deuxième expertise, ordonnée le 13 juillet 1999 par la chambre d’accusation, que les magistrats de la cour d’appel ont conclu mercredi dernier qu’il “n’existe pas de matelas ininflammables” et que “la mise en œuvre du dispositif de sécurité a été pertinente et conforme aux règles de sécurité”.

Salah Zaouiya, qui a créé avec une dizaine de personnes l’association “Familles en lutte contre l’insécurité et les décès en prison” (FLIDD), maintient ce qu’affirmait à l’audience du 28 juin le délégué de l’observatoire des prisons venu le soutenir : “en janvier 1999, il y avait encore à la prison de Bois d’Arcy des matelas type “carré de mousse”, alors que dès 1995, l’administration avait reconnu que les normes étaient insuffisantes”. Il réclamait une contre-expertise “par un autre expert”.

Déçu par les politiques “de droite comme de gauche, qui n’ont rien fait malgré leurs promesses”, il poursuit son action militante avec le FLIDD, le Mouvement de l’immigration et des banlieues (le MIB) et José Bové, qu’il a rencontré il y a quelques jours à Foix. “Je milite parce que je vis un drame et je ne veux pas que ça arrive à d’autres” conclut-il.